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31 mai 2013 5 31 /05 /mai /2013 22:00
Chronique n°12 - Les prisons du monde "libre"

On se pose très souvent la question du lien entre république démocratique libre et l'enfermement dans des lieux de détention souvent hors des normes, hors des lois, hors des avancées sociales et hors du temps. En France, au GENEPI, on vient fréquemment dénoncer les conditions de détention. Mais dans les pays champions du monde "libre", autrement dit "occidental", il y a aussi de nombreux cas qui méritent l'attention.

Liens :

Israël

États-Unis

Turquie

Inde

Mexique et Amérique du Sud

Afrique du Sud

Avec le son, c'est encore mieux : https://soundcloud.com/genepi-nancy/12-les-prisons-du-monde-libre

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25 mai 2013 6 25 /05 /mai /2013 21:00

Cette prison, à une trentaine de kilomètres de Nancy, est une des plus chargées sur le plan historique. Ancienne caserne, au début du XX ème siècle, elle a ensuite eu plusieurs évolutions : centre d’internement administratif, camp de prisonnier de guerre et centre de séjour surveillé, puis centre de détention à partir de 1946.

 

 

Il y a deux ans, la question se posait de savoir si cette prison fermerait ou non. Retour sur un épisode récent, avec la liste municipale Ecrouves Renouveau, qui détaille bien l'ensemble des contestations et échanges au sujet de ce centre de détention.

 

Le site Patrimoine Carcéral, que je vous ai déjà conseillé plus d'une fois, est également revenu sur l'historique de ce lieu.

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20 mai 2013 1 20 /05 /mai /2013 11:15

Nouvelle chronique !

 

On y parle de l'espace carcéral, c'est-à-dire l'organisation spatiale des prisons à l'intérieur, l'agencement des bâtiments, les formes structurelles des établissements pénitentiaires. A partir des concepts politiques, on développe un projet d'enfermement, qui se concrétise encore différemment selon les logiques architecturales et les réalisations matérielles. En plus de cela, la perception des lieux est encore différente, que ce soit par les usagers des prisons, comme les prisonniers eux-mêmes, ou le personnel pénitentiaire. Et quelle différence entre les vieilles prisons et les nouvelles superstructures ?

Eléments de réponse avec le colloque sur l'Architecture carcérale, des mots et des murs.

 

 

Mais l'espace carcéral, c'est aussi la localisation des prisons au sein du système urbain. Les premières prisons sont intégrées dans la ville, dans le centre-vile, ou dans les faubourgs péricentraux. Toutefois, de nouvelles logiques politiques viennent mettre à mal cette organisation spatiale et les prisons désertent alors le centre-ville. L'exemple de Nancy est particulièrement édifiant, avec le déménagement de la maison d'arrêt Charles III, dans l'immédiate continuité du centre-ville, tout près de la gare, en plein faubourg industriel péricentral, au nouveau centre pénitentiaire de Nancy-Maxéville, sur le plateau du Haut-du-Lièvre, dans un quartier social défavorisé et très excentré, éloigné du regard, difficile d'accès.

 

Là, c'est la thèse d'Olivier Milhaud, Séparer et punir, Mise à distance et punition par l'espace, dans les prisons françaises, qui nous donne un éclairage particulièrement intéressant. C'est un véritable régal à lire, et les géographes s'intéressent (enfin ?) aux logiques spatiales de situation des prisons.

 

Dans la revue Espace - Populations - Sociétés, une excellente réflexion sur l'espace-temps carcéral, également disponible en ligne. Sur l'espace carcéral encore, une table des matières bien faite.

 

Et on peut retrouver nos amis d'Île de France, qui, dans l'émission passionnante des Voix Captives sur Radio Campus Paris, avait enregistré l'an dernier une chronique intitulée ... L'espace carcéral. A découvrir en deux temps, ici, et .

 

 

 

Avec le son, c'est encore mieux : https://soundcloud.com/genepi-nancy/11-lespace-carc-ral

 

 

Chronique n°11 - L'espace carcéral
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12 mai 2013 7 12 /05 /mai /2013 19:15

Nouvelle chronique du GENEPI Nancy !

 

Les prisons ouvertes, l'oxymore le plus célèbre concernant le champ pénitentiaire, renvoient à un type de régime bien particulier. Les prisons ouvertes remontent à un petit bout de temps, et Nicolas et Pierre, pour le GENEPI Nancy, analysent cela.

 

Je vous conseille d'aller faire un tour sur le blog de Paul Roger Gontard, le spécialiste français en ce qui concerne les prisons ouvertes, si ce sujet vous intéresse.

 

Interviews, reportages, documents en ligne, ce blog est vraiment très bien fait : http://gontard.fr/?tag=paul-roger

 



Avec le son, c'est encore mieux : https://soundcloud.com/genepi-nancy/10-les-prisons-ouvertes

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9 mai 2013 4 09 /05 /mai /2013 14:45

 

 

 

J'ai retrouvé cette image. 20 avril 2013. J'ai été chercher d'autres informations, pour compléter : simplement "Prison - suicides" sur le fil d'actualités. Et j'ai donc dans les actualités du mois de mai, uniquement, ces cas en plus : Coulaines, Baumettes, Mont-de-Marsan. Sans compter d'autres restés anonymement disparus ...

Pour nos amis anglophones.

Les suicides en prison : de mauvais chiffres.

 

  

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5 mai 2013 7 05 /05 /mai /2013 16:00

 

 

Des microsociétés ayant leur vie propre ?

 

Le recrutement des gardiens au sein des détenus eux-mêmes était une source de violence interne à la société carcérale. S'y jouaient des rapports de force auxquels l'administration pénitentiaire restait étrangère mais qui marquaient le vécu des prisonniers. En Inde, l'importance du rôle des prisonniers dans l'encadrement des détenus fut tel que, selon David Arnold, les prisons étaient hors de contrôle des autorités coloniales ; les extorsions, violences et agressions sexuelles y étaient monnaie courante. Les autorités coloniales, après l'avoir envisagée, abandonnèrent aussi l'idée de fondre les détenus des différentes castes dans un traitement commun. Leur hiérarchie restait valable en prison. En Indochine, le recrutement local des gardiens joua un autre rôle : les contacts quotidiens entre ces gardiens et les détenus, parmi lesquels de très nombreux communistes, favorisèrent une prise de conscience politique et nationale. Il se formait ainsi, en effet, une petite société vietnamienne, qui se soustrayait à l'administration.

 

Les politiques en prison

 

L'importance des politiques parmi les détenus est le dernier trait marquant des prisons coloniales. La répression de toutes les résistances, qu'il s'agisse des soulèvements, des mobilisations de masse ou du démantèlement des structures organisées - associations, sectes, partis, etc. - incluait en effet un volet judiciaire. Les politiques, parmi lesquels, parfois, des prisonniers de marque, venaient alors gonfler les effectifs des établissements pénitentiaires. En Inde, les journaux de cadres nationalistes emprisonnés ou leurs mémoires constituent d'ailleurs une source de première main pour apprégender la condition carcérale d'un autre point de vue que celui de l'administration. Pour les lettrés, l'enfermement était évidemment propice à l'écriture. Gandhi rédigea ainsi une autobiographie pendant sa détention au début des années 1920, en réponse à la biographie que lui avait consacrée Romain Rolland et qu'il jugeait critiquable. Au Vietnam, c'est l'ampleur de la répression visant les communistes au début des années 1930 qui explique le taux très fort d'incarcération : 117 prisonniers pour 100 000 habitants, contre 50 en France métropolitaine. Cette répression massive eut cependant son revers, pour les autorités coloniales : non seulement le Parti communiste indochinois fut reconstitué par ses militants à l'intérieur des prisons mais les directives circulaient entre celles-ci et l'extérieur. Le passage par la prison devint même un facteur d'avancement dans la hiérarchie du parti. Cette importance de l'expérience carcérale a fondé un récit nationaliste héroïsant, selon lequel les communistes transformèrent les prisons coloniales en écoles révolutionnaires. Les poèmes, mémoires et écrits de prison représentent une production littéraire massive, utilisée notamment dans l'enseignement après l'indépendance - parmi elles, au premier chef, le journal de prison d'Ho Chi Minh, publié en 1960. A une moindre échelle, les cadres et dirigeants du Parti du Peuple Algérien (PPA), condamnés en 1937 à Alger, organisèrent aussi, aux dires de leur chef, Messali Hadj, trois sortes de cours : des cours de français, d'arabe, et "d'histoire du mouvement nationaliste algérien", véritable séminaire de formation politique.

 

Le combat pour le régime politique

 

Selon Messali Hadj, les détenus du PPA n'eurent guère de difficultés à obtenir des autorités françaises un régime de détention spécifique - le régime politique était réglementé en France depuis 1890. Bien que leur grève de la faim soit restée sans suite pendant leur détention préventive, avant leur procès, ils eurent immédiatement satisfaction ensuite, pendant qu'ils purgeaient leurs peines. Il est probable que les autorités françaises cherchèrent ainsi à éviter une campagne qui aurait risqué de prendre de l'ampleur et de jouer contre elles. Le combat pour l'obtention d'un régime amélioré est typique des luttes politiques en milieu carcéral. Il en fut ainsi du bagne de Poulo Condore, installé sur l'île éponyme au sud du Vietnam. Lieu de bannissement utilisé par le pouvoir annamite, il fut réutilisé par les Français dès 1862. La plus grande confusion y régnait parmi les détenus : outre des prisonniers de guerre pendant la phase de la conquête et des résistants à la colonisation française ensuite, comme des chefs de village ou des membres de sociétés secrètes, la prison recevait aussi des condamnés de droit commun, purgeant des peines de travaux forcés. Or tous étaient soumis au même régime. Le travail était obligatoire, le silence de règle et le panel des punitions autorisées incluait les coups de rotin, la privation de nourriture et l'enchaînement, y compris avec un boulet. Les conditions de vie faisaient des détenus de Poulo Condore la proie des maladies : béribéri, choléra, malaria, dysenterie. Après une grande révolte en 1890, d'autres eurent lieu en 1894, 1904, 1906, 1910. Les prisonniers des émeutes antifiscales de 1908, cependant, obtinrent, grâce à leurs protestations, un assouplissement de leur régime, avec une nourriture améliorée et l'affectation aux travaux les moins pénibles. Le bagne de Poulo Condore, agrandi en 1917, était encore en service au moment de l'indépendance. Il fut transformé dès 1955 en "centre de rééducation" par le pouvoir communiste. Loin d'être isolé, son cas est emblématique du sort réservée aux prisons coloniales. Les pouvoirs souverains, libérés du joug étranger, réinvestirent les lieux d'enfermement antérieurs, au détriment d'une politique patrimoniale qui aurait consisté à les transformer en lieux de mémoire. La pérennité des besoins d'enfermement, quels que soient les pouvoirs en place, coloniaux ou nationaux, expliquent cette continuité.

 

 

 

Bibliographie :

 

David Arnold, The colonial prison : power, knowledge and penology in nineteenth century in India, 1994

Florence Bernault, Enfermement, prison et châtiments en Afrique, du XIX ème siècle à nos jours, 1999

Florence Bernault, Pierre Boilley, Ibrahima Thioub, Pour l'histoire du contrôle social dans les mondes coloniaux : justice, prisons et enfermement de l'espace, Revue française d'histoire d'outre-mer, 1999

Maurice Demariaux, Poulo Condore, Archipel du Vietnam, du bagne historique à la nouvelle zone de développement économique, 1999

Mamadou Dian Cherif Diallo, Répression et enfermement en Guinée. Le pénitencier de Fotoba et la prison centrale de Conakry de 1900 à 1958, 2005

Michel Foucault, Surveiller et Punir, 1975

Eric Fougère, La prison coloniale en Guadeloupe. Ilet à Cabrit (1852-1905)

Ranajit Guha, Selected Subaltern Studies, 1988

Messali Hadj, Les mémoires de Messali Hadj, 1982

Dominique Kalifa, Biribi. Les bagnes coloniaux de l'armée française, 2009

Dior Konate, Sénégal, l'emprisonnement des femmes, de l'époque coloniale à nos jours, 1999

Emile Larcher, Le vagabondage et la mendicité en Algérie, 1899

Sylvie Thénault, Violence ordinaire dans l'Algérie coloniale. Camps, internements, assignations à résidence, 2012

Ibrahima Thioub, Sénégal, la santé des détenus dans les prisons coloniales, 1999

Peter Zinoman, The Colonial Bastille. A history of imprisonment in Vietnam, 1862-1940, 2001

 

 

Source de l'ensemble des trois textes : Isabelle Surun (dir.), Les sociétés coloniales à l'âge des Empires, 1850-1960, Éditions Atlande, 2012, p. 523-530, texte rédigé par Sylvie Thénault.

 

 

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5 mai 2013 7 05 /05 /mai /2013 15:45

 

Un régime des plus durs

 

La dureté des régimes carcéraux coloniaux en est le deuxième trait distinctif. L'idée d'un amendement des détenus étant largement remise en cause dès lors qu'il s'agissait d'indigènes et l'administration coloniale étant pensée comme une administration à moindre frais, les prisons coloniales se présentèrent avant tout comme des lieux de châtiment au régime particulièrement dur, et aux conditions de vie particulièrement difficiles. La contrainte budgétaire était constamment opposée aux fonctionnaires coloniaux, médecins et membres de commissions d'inspection, par exemple, qui alertaient les autorités supérieures sur la nécessité d'améliorer le régime carcéral. Régnait le dortoir collectif surpeuplé, où l'on dormait à même le sol sur des nattes - le lit de camp, le bat-flanc, la couverture, étaient rares. La préparation des repas était assimilée à une corvée confiée aux détenus, parfois par l'intermédiaire d'un régisseur privé qui cherchait à réaliser des bénéfices, les installations sanitaires quasi inexistantes, de même que les soins médicaux. Au Sénégal, la prison de Dakar compta, jusqu'en 1938, 400 à 450 détenus pour une capacité de 200 places. Alimentée par un puits, elle ne fut dotée d'un réservoir d'eau et d'un système d'évacuation des eaux usées qu'en 1924, alors que les latrines installées dans les dortoirs étaient sources d'infection. Une infirmerie ne fut implantée qu'en 1937. En Inde, le choléra, la malaria, la dysenterie faisaient des ravages et les détenus constituaient un échantillon d'observation et d'expérimentation pour les médecins - on y testa l'administration de la quinine ou le vaccin contre le choléra.

 

Une mise au travail profitable

 

Le travail des détenus ne répondait pas à une logique de moralisation des individus - puisqu'ils n'étaient pas considérés comme amendables - mais à des motifs purement économiques. Il s'agissait d'abord d'utiliser la main d'oeuvre au profit de la colonisation. En Guinée française, les détenus de la centrale de Conakry participèrent à la construction de la voie de chemin de fer Conakry - Niger, aux côtés de travailleurs réquisitionnés et soumis au travail forcé. Ils construisirent aussi le port de la ville, ses installations frigorifiques et de nombreux bâtiments publics. C'est certainement en Afrique que l'emploi des détenus sur des chantiers connut ses plus amples développements. Au Kenya sous tutelle britannique, ainsi, le classement même des prisonniers reposa, à partir de 1925, sur leur affectation à certaines tâches, avant que, en 1933, l'administration ne crée des "prison camps" destinés à la réalisation de projets de grands travaux de diverses natures, agricoles ou autres. Le travail des détenus servait aussi à alimenter les budgets pénitentiaires, grâce aux revenus qu'il procurait. La main d'oeuvre des prisonniers pouvait ainsi être louée à des particuliers ou leurs productions vendues à l'extérieur. EnInde, l'emploi des détenus sur les chantiers extérieurs ne fut pas privilégié pour des raisons de sécurité - on craignait les évasions et les contacts avec la population locale. Les Britanniques développèrent en revanche au sein des prisons de véritables fabriques, avec une spécialisation suivant les établissements : sacs de jute à Calcutta, travail de la laine à Agra, couvertures à Bhagalpur, tapis à Hazaribagh. Au début du XX ème siècle, d'ailleurs, les industriels locaux se plaignaient de cette concurrence. Pour David Arnold, les prisons britanniques en Inde constituent de véritables "écoles de l'industrie". Le recours à la main d’œuvre pénitentiaire ne fut cependant pas toujours considéré comme profitable. Il en fut ainsi en Algérie, dans les années 1890. Des commissions avaient en effet été chargées d'étudier l'emploi des détenus en dehors des murs des prisons, pour travailler sur des chantiers de colonisation. Défricher un terrain appartenant à l'Etat, par exemple, pour qu'il soit loti ensuite. C'était alors une revendication phare des colons. Or ces commissions conclurent négativement. Après une expérience pilote consistant à comparer la mise en valeur d'une concession foncière par des travailleurs salariés, d'une part, et par des détenus, d'autre part, il fut jugé que le travail de ces derniers était de mauvaise qualité et peu rentable. Les travaux de force, comme l'aménagement des infrastructures de transport, revirent à une catégorie de prisonniers spécifiques à l'Algérie : des soldats de l'armée française. L'Algérie fut en effet le siège des structures disciplinaires de l'armée - pénitenciers, chantiers de travaux publics, compagnies de discipline - qui devinrent célèbres pour leur dureté sous le vocable de "Biribi".

 

La discrimination jusque dans l'enfermement

 

La séparation des détenus en diverses catégories était aléatoire. Prévenus et condamnés, hommes et femmes, mineurs et majeurs auraient dû constituer des catégories distinctes, avec des régimes de détention et des locaux propres. En réalité, même quant elles étaient agréées sur le papier, ces distinctions étaient entravées par l'état matériel des prisons. Les situations variaient considérablement. En Inde, le taux de femmes incarcérées était très faible, certainement en raison d'une administration sexuée des peines par les magistrats, qui épargnaient l'incarcération à la gent féminine. Mais au Sénégal, en l'absence de séparation, la règle voulait que les femmes assurent les corvées domestiques au sein du milieu carcéral. Les mineurs relevaient d'établissements spécifiques, où primait, comme en métropole, la rééducation par le travail agricole. La véritable séparation, cependant, reproduisait en prison la barrière de couleur caractéristique des sociétés coloniales. Blancs et Noirs n'étaient pas mélangés dans les établissements africains. A la prison de Conakry, les détenus européens étaient en fait des prévenus en attente de jugement, mais, une fois condamnés, ils étaient envoyés en métropole pour purger leur peine. En cas de condamnation aux travaux forcés, il n'étaient pas dirigés vers le pénitencier de Fotoba, qui existait pourtant sur place, mais vers la Guyane. La séparation pouvait aussi résulter d'un traitement différencié de la pauvreté, suivant que les vagabonds, par exemple, étaient européens ou sujets coloniaux. En Inde, ainsi, les Britanniques avaient installé des établissements spéciaux pour les marginaux européens, qui échappaient à la prison ; ce qui n'était pas le cas des Indiens. En Algérie, de même, les vagabonds européens étaient traités comme en métropole - Alger était dotée d'un dépôt mendicité, à Beni-Messous. En revanche, les vagabonds indigènes étaient soumis au régime pénal de l'indigénat : le défaut de permis de voyage faisait en effet partie des infractions spéciales punissables par les pouvoirs disciplinaires dont jouissaient des agents de l’État colonial. Ils venaient ainsi gonfler la cohorte des multiples incarcérations de proximité, caractéristique de l'administration de la punition aux colonies.

 

 

Source de l'ensemble des trois textes : Isabelle Surun (dir.), Les sociétés coloniales à l'âge des Empires, 1850-1960, Éditions Atlande, 2012, p. 523-530, texte rédigé par Sylvie Thénault.

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5 mai 2013 7 05 /05 /mai /2013 15:30

Ce texte est extrait de : Isabelle Surun (dir.), Les sociétés coloniales à l'âge des Empires, 1850-1960, Éditions Atlande, 2012, p. 523-530, texte rédigé par Sylvie Thénault.

 

 

 

Les prisons coloniales dérogent aux grands principes fondateurs des études de la prison, énoncés par Michel Foucault (1975). Auteur de référence en la matière, il est cité dans tous les travaux concernant les colonies. Pour Michel Foucault, le développement du système carcéral en Europe et en Amérique, à partir du XVIII ème siècle, marque le passage d'un système punitif recourant aux châtiments corporels à un système punitif fondé sur l'enfermement. Il affirme d'autre part que le développement des prisons s'inscrit dans un cadre plus global : celui du développement "d'appareils disciplinaires", c'est-à-dire d'institutions ayant pour vocation de discipliner le corps social, en inculquant à ses membres les normes de l'ordre établir ; ainsi, les rapports de pouvoir peuvent-ils reposer sur le consensus. L'école et l'armée, par lesquelles passèrent un nombre grandissant de jeunes, au cours des XIX et XX ème siècles, figurent au premier rang des appareils disciplinaires. Les usines et les hôpitaux en font aussi partie, dans la mesure où leur organisation repose sur une maîtrise du temps et une régulation des comportement, impliquant l'incorporation de règles de vie collective. Les prisons, quant à elles, servent à ramener la discipline, en réprimant ceux qui ont transgressé les interdits inscrits dans la loi. Mais si la prison châtie, elle a aussi une fonction de rééducation. Dans cet esprit, la réforme des prisons et consubstantielle à l'idée même de cette institution. Or, aux colonies, l'administration de la punition inclut, de fait, les châtiments corporels, qui furent parfois même légalisés. L'implantation du système carcéral, en outre, ne s'accompagna que très partiellement de celle des autres appareils disciplinaires - d'où l'idée que la domination coloniale reposa d'abord sur la coercition, en dehors des élites accédant à l'éducation et intégrant, au moins en partie, les normes du colonisateur. Jamais la réforme des prisons, enfin, ne fut à l'ordre du jour dans les territoires soumis à la colonisation.

 

L'enfermement comme peine

 

Sous réserve de recherches ultérieures, car la connaissance des formes de répression pénale dans les sociétés précoloniales reste encore imparfaite, il est aujourd'hui admis que ces sociétés ignoraient en grande partie la peine d'incarcération. Pour Florence Bernault, la colonisation marqua ainsi le passage d'une "Afrique ouverte" à une "Afrique fermée". Cela ne signifie pas que les sociétés précoloniales ignoraient toute pratique d'enfermement, ni qu'elles étaient dépourvues de lieux de détention - c'est une évidence pour celles qui pratiquaient la traite et l'esclavage. De même, à Alger, avant la conquête française, on enfermait les condamnés à mort jusqu'à leur exécution, les débiteurs jusqu'à ce qu'ils règlent leurs dettes, ou encore les filles de mauvaise vie arrêtées temporairement. Au Vietnam, également, l'enfermement visait les prévenus en attente de jugement ou les condamnés en attente d'exécution de leurs peines. Mais l'enfermement ne servait pas en lui-même à punir des crimes ou des délits. Il ne résultait pas d'une sentence prononcée par un tribunal pour réprimer une infraction. Les Européens eurent beau jeu, d'ailleurs, de présenter la construction de prisons comme un progrès au regard des formes de répression antérieures : peine de mort, bastonnade, flagellation, voire tortures et mutilations, comme en Inde. Il existait cependant aussi des peines d'exil et des formes de justice transactionnelle, passant par le paiement d'une somme d'argent déterminée par les parties en présence. Surtout, cet argument d'un progrès de la répression pénale néglige les pratiques concrètes des autorités coloniales, allant de nombreuses peines de mort, exécutées publiquement, dans un but d'exemplarité, jusqu'à la pérennisation de châtiments corporels de moindre gravité. Quoi qu'il en soit, la prison naquit essentiellement, aux colonies, d'une greffe étrangère. Le développement des systèmes pénitentiaires accompagna logiquement l'implantation de systèmes judiciaires au sein desquels la détention était la peine la plus courante. Celle-ci put susciter l'effarement : en Guinée française (actuelle Guinée-Conakry), jusqu'à la Première Guerre mondiale, de multiples croyances entouraient l'enfermement dont on tentait de se protéger par des rites spécifiques.

 

L'incarcération de proximité comme trait marquant

 

Il ne s'agissait pourtant pas de reproduire à l'identique les systèmes carcéraux européens. Aux colonies, en effet, la répression pénale - c'est-à-dire la répression des infractions - ne passait qu'en partie par la justice. Les administrateurs coloniaux ou leurs adjoints indigènes étaient habilités à infliger notamment des peines d'amende ou des jours de prison, en dehors de toute procédure judiciaire. Dans l'empire français, ces pouvoirs disciplinaires, utilisables pour réprimer une liste d'infractions spéciales, faisaient partie du régime pénal de l'indigénat. Or cette forme de répression - les peines prononcées localement par des représentants de l'autorité coloniale - était la plus massivement pratiquée. Elle répondait en effet aux multiples résistances quotidiennes, comme le refus de payer l'impôt ou de se plier aux réquisitions et corvées. Aussi la punition coloniale était-elle surtout une punition de proximité. Les systèmes pénitentiaires coloniaux ont dès lors pour particularité d'être des systèmes très décentralisés, comprenant de multiples lieux d'enfermement, jusqu'à l'échelon des communes et des villages. La geôle municipale, sommairement installée, incarne mieux que toute autre la prison coloniale. En Guinée française, la prison centrale de Conakry, ouverte en 1903, et le pénitencier de Fotoba, installé dans les îles de Loos en 1905 pour les condamnés aux travaux forcés, restèrent les deux seules institutions carcérales fonctionnant à l'échelon central de cette colonie. En 1937, un programme de construction aboutit notamment à l'aménagement de prisons de cercle, dont celle de Kindia était la plus importante. Malgré tout, en 1945, la prison de Conakry et les locaux disciplinaires de Fotoba étaient encore les seuls bâtiments en dur de toute la Guinée. Les bagnards de Fotoba logeaient dans des huttes et toutes les autres prisons de la colonie étaient en pisé. Cet émiettement des lieux d'enfermement, d'architecture précaire, consécutif à l'administration prioritaire de la punition à l'échelon local, est le premier trait qui différencie les systèmes pénitentiaires coloniaux de leurs homologues européens. Il a pour conséquence de donner parfois des taux d'incarcération très élevés par rapport à la population totale : avant la Seconde Guerre mondiale, au Congo belge par exemple, le nombre détenus annuel représentait 10 % de la population masculine. Mais de tels taux ne signifiaient pas que les colonies furent transformées en "pseudo-goulags". Ils témoignent simplement d'une pratique massive de multiples incarcérations locales, de courte durée. A cette pratique ordinaire s'ajoutent les incarcérations consécutives aux répressions massives, qui virent la réquisition de lieux d'enfermement temporaires. Ce fut le cas à Bombay, dans l'Entre-deux-Guerres, où les Britanniques utilisèrent des logements restés inoccupés dans la lutte contre les mobilisations de masse de la période.

 

 

Source de l'ensemble des trois textes : Isabelle Surun (dir.), Les sociétés coloniales à l'âge des Empires, 1850-1960, Éditions Atlande, 2012, p. 523-530, texte rédigé par Sylvie Thénault.

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3 mai 2013 5 03 /05 /mai /2013 15:00

NANCY - 03/05/2013. Nancy se réveille ce matin et quelque chose a changé. Au moment où les Meurthe-et-Mosellans rejoignent le centre-ville, ils sont frappés de constater que la ville a été touchée par une vague d'affiches d'origine inconnue. Les habitants expliquent leur stupéfaction. Que signifient ces affiches ? A quoi renvoient-elles ? Reportage dans la cité ducale.

 

Ce vendredi 3 mai était une journée a priori normale pour Jérôme, 33 ans, qui se rendait à son travail rue de Metz. En traversant la Place Carnot, désormais vidée après le départ de la Fête Foraine depuis la semaine dernière, Jérôme s'est arrêté. Il a alors constaté que sur un panneau d'affichage, un message disait blanc sur noir : "25 % de la population souffrent de troubles psychotiques". Jérôme nous explique alors qu'il s'est dit que ce nombre était « anormalement élevé ». « Je me suis même demandé si je pouvais faire partie de ces 25 % » raconte l’informaticien. « J'ai demandé à quatre de mes collègues s'ils souffraient de troubles, mais apparemment, aucun n'en fait partie. Cela me laisse perplexe » glissa t-il dans une profonde stupéfaction.

 

Pour Béatrice, la réaction est similaire. En emmenant ses deux enfants au Parc Sainte-Marie, dans le quartier Blandan, elle bloque sur des messages également surprenants. « J'ai regardé autour de moi pour savoir si c'était une caméra cachée. Mais les chiffres avancés sur ces affiches ne prêtaient pas à sourire, au contraire. ». En effet, le fait de voir que 30 % de la population vit avec moins de 45 €uros par mois, ou de lire qu'il n'y a qu'un poste d'enseignant pour 140 personnes l'a laissé dans une certaine indignation. « Mes enfants ont commencé à me poser des questions sur ces chiffres. Ça m'a mis assez mal à l'aise. Mais au moins, on peut dire que ça remet les idées en place ».

 

Qui sont les mystérieux commanditaires de ces affiches ? La rédaction a mené son enquête dans l'urgence. L'enjeu est de taille, au vu de l'étonnement suscité dans la population. Les messages sont assez stéréotypés, avec une écriture blanc sur fond noir. Et on retrouve systématiquement la même conclusion intrigante : "En France, en prison". Le responsable du service de la voirie à la Communauté Urbaine du Grand Nancy (CUGN), Jean-Louis Dupont, exprime sa surprise : « Des personnes anonymes qui s'intéressent à la prison, soit. Mais que ces personnes souhaitent communiquer de cette manière, c'était très inattendu ».

 

Ce n'est pas sans rappeler les messages équivalents et tout aussi énigmatiques qu'on a retrouvé dans plusieurs bibliothèques de l'agglomération ces dernières semaines. Il était écrit des phrases lapidaires telles que : "Un détenu passe en moyenne 22 heures sur 24 en cellule. Réinsertion ?".

 

La Garde des Sceaux, Christiane Taubira, a déclaré devant un parterre de journalistes réunis pour l'occasion : « Nous sommes conscients des difficultés de l'Administration Pénitentiaire. L'emprisonnement pose question, et nous réfléchissons actuellement à sortir du tout-carcéral ». Eric Ciotti, élu UMP, a fait part de son indignation et a accusé l'actuelle ministre de la Justice de laxisme, lui invitant à « prendre ses responsabilités face à la délinquance qui s'en prend désormais aux centres des villes, en placardant des messages éhontés et abjects sur la justice nationale ».

 

Nabilla Benattia, invitée sur le plateau de La Chaîne Parlementaire, aurait également réagi aux ragots sur son passé judiciaire. Elle exprime son indignation en reprenant sa désormais célèbre réplique : « Non mais allô, t'as pas le droit d'avoir de téléphone, en France, en 2013 ! Est-ce que vous me recevez, quoi ? La France, pays des droits de l'Homme, non mais allô ! ». La prison ne fait que commencer à susciter des réactions.

 

La Rédaction

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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 11:32
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Published by Genepi Nancy - dans Chronique radio
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