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26 mars 2011 6 26 /03 /mars /2011 17:37

Prisonnières

De Catherine ERHEL & Catherine LEGUAY

Avec la participation de Marthe, Suzanne, Christine, Paule et Claire

(Septembre 1978)

 

Les auteures

 

Catherine LEGUAY a 27 ans. Elle fut détenue quatre ans et demi, puis fut membre du CAP (Comité d’action des prisonniers). Avec d’autres femmes, elle travaille dans un hebdomadaire féminin et féministe.

 

Catherine ERHEL a 27 ans. Elle a été détenue à Lille. Membre du CAP, elle est traductrice.

 

prisonnieres.jpg

4ème de couverture

 

Deux anciennes détenues témoignent de l’univers carcéral féminin et de la violence familiale souvent responsable des délits des femmes.

 

Les prisons de femmes, c’est quoi ? C’est comment ? Le silence, l’ignorance ont jusqu’à présent laissé la place à toute une mythologie misogyne voire égrillarde : les femmes recluses seraient sournoises, perfides, perverses et bien sûr… homosexuelles ! Des voix étrangères…

 

Alors, quelques femmes ont dit, ont écrit, avec pudeur et avec sincérité, leurs années de détention à la Centrale de Rennes, dans les Maisons d’arrêt de Fleury-Mérogis-Femmes, de Loos-lès-Lille, de Lyon…

 

Elles disent leur quotidien, leur solitude, leur sexualité. Elles disent leur violence, leurs délits. Elles disent leur vie d’avant la prison, leur vie d’épouse, de mère, quand l’enfermement n’était pas celui des murs.

 

Voix de détenues, voix de femmes, voix de nous toutes encore réprimées dans notre corps, notre vie sociale, notre parole.

 

Femmes en prison, femmes en justice, femmes en famille, autrement dit, femmes enfermées : Prisonnières…

 

 

Introduction (extraits choisis)

 

« Lettres de détenus dans la presse, ouvrages d’anciens détenus, tel Serge Livrozet, le voile sur la condition pénitentiaire masculine, sur la délinquance et ses causes sociales et politiques, a commencé de se déchirer. L’été 1974 durant lequel quarante-cinq prisons se révoltent et flambent de la colère des détenus y a fortement contribué. »

 

Et les prisons de femmes ? « Rien ne s’élève. Le silence, l’ignorance et les mythes continuent de les envelopper, tout comme le silence enveloppe et écrase les quelques détenues qui ont essayé ou essaient encore d’y faire entendre leurs voix. »

 

« Ecrasées, normalisées, dépersonnalisées, silencieuses, dépossédées, mutilées, asexuées, opprimées, réprimées, infantilisées, les femmes détenues continuent d’être sans exister, car il est lourd, le poids de cette oppression ; lourd, le poids de ce silence. »

 

 

Mon avis

 

Ce livre est l’un des tous premiers à faire état de la situation carcérale des femmes, jusqu’à lors véritable tabou et source de fantasmes. Les auteures s’expriment mais donnent aussi la parole aux femmes qui ont connues l’incarcération : femmes détenues mais également femmes éducatrices au travers d’un échange, d’un jeu de questions-réponses. Chacune raconte les prisons pour femmes, brisant ce « silence, (cette) ignorance et (ces) mythes (qui) continuent de les envelopper, tout comme le silence enveloppe et écrase les quelques détenues qui ont essayé ou essaient encore d’y faire entendre leurs voix. »

 

L’ouvrage comprend 4 parties dont chacune aborde un aspect de la prison pour femmes avec en écho la considération de la femme dans la société des années 1970 :

 

-      « les Hauts murs » (cadre de la détention, vie quotidienne) ;

-      « Nos corps enfermés » (le désir de maternité, sexualité féminine, ...) ;

-      « Femmes en violence » (le regard de la société sur la délinquance féminine) ;

-      « Accusée, levez-vous » (le comportement de la justice vis à vis des femmes).

 

Rappelons que ce livre a été écrit dans les années 1970 où les mouvements féministes luttaient (et luttent encore malheureusement aujourd'hui) pour défendre les droits des femmes, un droit égalitaire avec celui des hommes. Un combat contre une société patriarcale et sexiste où la femme est cantonnée au rôle d'épouse, de mère au foyer, de femme docile et discrète. Ce combat se prolonge en prison, lieu clos et oppressif où « Le seul droit des détenues s’esquisse donc : obéir ! Les devoirs qui leur sont faits également : se taire ! Qu’un détenu rechigne, conteste, voire gueule, rien que de très normal, même si cela entraîne pour lui des conséquences disciplinaires ou parfois des coups. C’est loin d’être le cas en ce qui concerne une détenue. Une détenue ne doit pas ''penser'' sa vie carcérale. Une détenue doit silencieusement s’y couler. Une détenue doit se matriculiser sans élever d’objections, sans poser de questions, dans l’acceptation totale de ce qu’on lui impose. En cas contraire, c’est qu’il s’agit d’une hystérique, d’une rebelle, d’un élément subversif, à traiter avec les méthodes adéquates : répression, répression… »

 

 

Depuis 1970, les femmes ont gagné de nombreuses batailles pour la reconnaissance des mêmes droits et libertés que les hommes. En prison, la question des femmes incarcérées a évolué mais reste toujours à améliorer, en témoigne l'interview sur Canal Académie de Mme Michèle ANDRE, Sénatrice du Puy-de-Dôme, et Présidente de la délégation aux droits des femmes et à l'égalité des chances entre les hommes et les femmes :

 

http://www.canalacademie.com/ida5528-Les-femmes-dans-les-lieux-de.html

 

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Published by Kevin - dans Culture prison
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