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14 mars 2011 1 14 /03 /mars /2011 20:22

Q.H.S : QUARTIER DE HAUTE SECURITE

 

Ecrit par Roger KNOBELSPIESS

Préfacé par Michel FOUCAULT

 

 

4ème de couverture du livre (écrit en 1980)

 

Rouen, Fresnes, Mulhouse, Colmar, Besançon, Evreux, Fresnes, Caen, Château-Thierry, Poissy, Evreux, Fresnes, Château-Thierry, La Santé, Lisieux, Fresnes, Château-Thierry, Melun.

 

A 32 ans, Roger Knobelspiess a passé près de la moitié de sa vie en prison dont déjà 11 années pour une agression, un vol de huit cents francs. Se battant inlassablement, contre sa peine, contre ses conditions de détention, ce prisonnier, sans cesse transféré, de cellule d’isolement en cellule d’isolement, n’a jamais cessé de crier son innocence.

 

Il est un de ceux qui servirent de cobaye pour l’une de ces inventions démocratiques de pointe : le Quartier de Haute Sécurité.

 

Un homme devient dangereux non pas en fonction du délit commis mais de son insoumission. S’il refuse de se taire, n’accepte pas sa peine, se révolte de quelque façon, il sera mis en Q.H.S.

 

Ce livre a été engendré face au silence du Q.H.S., hors de l’espoir et du désespoir. Une simple lutte contre la mort lente : dans une cellule blindée, seul 23 heures sur 24.

 

Ainsi témoigne Roger Knobelspiess : « C’est d’une réalité crue que je parle. C’est d’elle que je suis venu, c’est vers elle que je suis allé. Du quartier de la misère au Quartier de Haute Sécurité. »

 

Aujourd’hui revenu à la ‘‘prison ordinaire’’, il vit l’espoir fou de vivre enfin.

 

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Mon avis

 

Ce livre n’est pas un simple témoignage d’un prisonnier sur la situation des prisons dans les années 1970. Il dénonce une nouvelle forme de répression dans la prison, un espace de non-droit dans la prison : les Quartiers de Haute Sécurité.

 

Justifiés par les politiques en tant que réponse au sentiment d’insécurité qu’éprouvent les français, les QHS consistent au placement des détenus considérés comme « dangereux » dans un espace hermétiquement clos où toute activité, tout contact, toute occupation sont bannis. Ce qui rend encore plus insupportable cette condition, ce sont les motifs invoqués pour justifier le QHS et l’incertitude qui pèse quant à la durée de cette mesure. L’auteur cite l’exemple de Taleb Guerfi qui est resté 1 ans en QHS au motif qu’il est monté sur un arbre pour protester contre une punition de mitard (= cellule disciplinaire), ou encore le cas de Jean-Claude B., 8 mois de QHS pour s’être plaint de la qualité de la nourriture servie en prison.

 

 

Tout au long de son récit, Roger Knobelspiess nous fait vivre « cette prison dans la prison » avec ses mots à lui, des mots crus, des mots souvent durs, mais justes, à l’encontre du système pénitentiaire dont la seule inquiétude est que « les prisonniers parlent, que la vérité des prisons jaillisse au grand jour, la vérité de l’injustice sociale soignée par la répression » ; la répression de « ceux dont on ne peut rien faire, et dont il faut faire en sorte qu’ils ne soient plus rien ».

 

Même si les QHS ont été supprimés en 1982, « l’enferment indéfini et complet », comme l’évoque Michel FOUCAULT en préface, existe toujours à travers la mise à l’isolement renforcé. Cette « torture blanche », comme l’appelle les observateurs du monde carcéral, conduit à un isolement social des personnes, amplifie les séquelles physiques et psychologiques inhérents à la prison. Les personnes isolées se mettent à parler toutes seules ou ne parlent plus. Selon l’association des secteurs de psychiatrie en milieu pénitentiaire : « Pour la plupart des détenus, l’isolement prolongé rend complètement fou. La mort psychique qui en résulte est un phénomène très inquiétant ». Cet isolement complet conduit trop souvent à des actes désespérés ou de révolte : automutilations, suicide, grève de la faim, tentative d’évasion.

 

En résumé, ce livre, témoignage d’une époque, reste encore (malheureusement) d’actualité au regard du durcissement de la politique pénale (peines planchers, rétention de sûreté) alimentée par le populisme pénal et l’atteinte de l’utopique idéal sécuritaire du risque zéro.

 

 

Pour aller plus loin : l'article concernant les DPS (Détenu Particulièrement Surveillé) que  l'auteur de ces lignes a, modestement, rédigé  pour le Passe-Murailles sur l'Evasion (mai/juin 2010)

(Evasions : surveiller et punir, page 32)

 

 

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Published by Kevin - dans Culture prison
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