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26 janvier 2010 2 26 /01 /janvier /2010 09:48


           Le tout nouveau centre pénitentiaire remplaçant la croulante maison d'arrêt Charles III a ouvert ces portes aux détenus à la fin du printemps. Les Génépistes se devaient de lui rendre une visite de courtoisie avant d'y entreprendre leurs interventions. Il a fallu du courage et du temps pour y pénétrer (et en sortir) mais c'est chose faite !

 

            Piétinant depuis 8H30 dans un froid dont on avait oublié jusqu'au nom tant l'automne a été clément, notre petit groupe de 17 génépistes s'apprêtait à découvrir les couloirs et le fonctionnement de la nouvelle « super-prison » nancéienne. Perchée sur les hauteurs du Haut-du-Lièvre, l'ensemble de bâtiments s'avèrent plutôt discret au regard de sa taille. Il faut dire que son aspect béton brut doit être pour quelque chose dans ce camouflage hiverno-matinal givrant.

 

            C'est cinq par cinq que nous pénétrons dans l'enceinte à l'aide de nos cartes d'identité. Cela ne prendra pas moins de 15 minutes entre vérifications, détecteurs de métaux, remplissage des casiers (aucun objet ne pénètre en détention sans autorisation et surtout pas un portable, même éteint), etc. Doté d'un guide en bonne et due forme, nous commençons nos pérégrinations par les locaux administratifs où sont regroupés de nombreux services dont le greffe, le SPIP ou la salle des profs. Une bonne ambiance semble régner parmi le personnel même si l'échelle humaine de Charles III est bien dépassée. Ici la vie égaye déjà les murs, parés d'affiches et de peinture ou encore des notes de l'association du personnel qui vend des écussons floqués pour l'uniforme.

            C'est bien moins le cas dans les autres bâtiments tristes et uniformes à mourir. Seuls les points de contrôle où se situent les surveillants sont identifiables par des murs d'un rouge cinglant. Les femmes ont tenté l'ajout de quelques bouquets ou plantes vertes pour adoucir leur quartier. Mais cela ne suffit pas à ôter l'impression de vide et de dépouillement frôlant la misère. Dans les ateliers, les apprentis peintres ont débuté le revêtement des cloisons, ouf ! C'est mieux, ça ressemble à des couloirs d'hôpital aseptisés plutôt qu'à un chantier abandonné. Nous y rencontrons un professeur en nettoyage industriel - nouvelle formation (mais non-certifiante) - qui nous explique essuyer un peu les plâtres mais que le niveau de ses élèves est très bon par rapport à l'extérieur.

  52---19-genepiste-choque-copie-1.jpg

            Le jargon de l'administration pénitentiaire s'enrichit de nouveaux acronymes ! MAF, MAC et MAP en sus des habituels CD, QD et JAP. En effet, à un centre de détention hébergeant les condamnés à de longues peines s'adjoignent trois quartiers supplémentaires : la maison d'arrêt pour femmes (MAF), une maison d'arrêt pour prévenus (MAP) et une pour condamnés à de courtes peines (MAC).  L'hermétisme n'est jamais parfait entre les différents quartiers et on ajoute déjà à la hâte des cloisons opaques sur les grillages de peur que les détenus ne communiquent.

            Salle pour le culte, gymnase, salle de musculation, bibliothèque, terrain de foot, salle informatique (pas pour surfer, pour apprendre), on dirait presque un internat de lycée ; à cela prêt que ses habitants sont confinés dans leur chambre la majorité de la journée. L'univers carcéral froid et inquisiteur ne se fait pas oublier pour autant : les caméras sont omniprésentes de même que les barbelés et autres portes verrouillées. L'impression de labyrinthe se fait bien plus prégnante qu'à Charles III où malgré les recoins et niveaux, on se sentait dans une vieille maison branlante mais attachante.

 

            On ne pourrait clore cette visite sans évoquer les trois unités de vie familiales destinées aux condamnés sans aménagement de peines dans le but du maintien des liens familiaux. Il faut en effet signaler que certaines familles vivent très loin de la prison et venir pour un parloir d'une heure trente semble dérisoire (surtout si l'on y ajoute les coûts de transport d'une mère avec ses enfants qui n'a pas déjà pas beaucoup de moyens...). Ils incarnent le retour d'un peu d’humanité et de respect de la famille dans une prison qui nie souvent qu'il y a des proches : attribués pour des plages de 6 à 72h, ces appartements (la vue panoramique en moins) sont censés être accessibles aux détenus éligibles une fois par trimestre.  Une fois rassemblés, le détenu et sa famille sont libres de leurs faits et gestes et sans caméras les épiant. Les visiteurs ne peuvent apporter de vivres et c'est au visité de pourvoir aux besoins familiaux via la cantine (= achat de produits en détention). Ce qui peut représenter une somme importante par rapport aux moyens des détenus en détention. Toutefois, ayant jeté un œil sur le catalogue de la cantine, les prix ne nous ont pas paru scandaleusement élevés. La gestion privée aurait-elle du bon[1] ? On peut toujours en douter quand on voit que ce sont les cigarettes que l'on peut avoir au prix normal et non les produits de première nécessité.... Mais les Génépistes vont se prêter à nouveau[2] au petit jeu de la comparaison et nous en dirons sans doute davantage sous peu !

 

            Merci à l'administration pénitentiaire de nous avoir reçu et au responsable de l'enseignement d'avoir organisé cette visite.


[1]    La cantine est gérée par une entreprise privée de même que l'accueil des familles en amont des parloirs.

[2]    Un Génépiste avait déjà produit une étude très complète au sujet de la cantine et des différences de prix parfois injustifiées entre l'intérieur et l'extérieur. Elle ne demande qu'à être mise à jour !

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Published by Mathilde - dans Autres
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