Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
24 janvier 2010 7 24 /01 /janvier /2010 20:58

La prison... en candidat libre

 

Étudiants de Nancy-Université, ils sont une trentaine à multiplier les courts séjours en prison. Leur mission : accompagner les détenus au quotidien et informer le grand public sur les conditions de détention.

 

La prison ? Ils y vont en habitués. Sans peine à subir. Ni proche à visiter. Mais avec un mobile, des préjugés à vaincre et une histoire à partager. Membres de l'association GENEPI, ces étudiants-là ont choisi de faire le mur pour apporter leur concours à tous ceux qui cumulent casier judiciaire et lacunes scolaires. Français, langues vivantes, philosophie ou histoire-géo... Les matières sont variées et l'ouverture parfois très culturelle : les génépistes animent en effet des ateliers théâtre ou musicaux ; ils organisent des débats, montent des expositions ou programment des séances de cinéma... « Notre rôle est complémentaire des enseignants de l'Education nationale », explique Kevin Van Landeghem, étudiant en Master 2 Droit et Gouvernance territoriale qui vient d'être nommé président du groupe de Nancy. « Dans le rapport que nous entretenons avec les détenus, il n'y a pas d'exigence, pas d'évaluation. Il n'y a même aucun jugement. Nous sommes là pour eux, sans être payés pour cela. Cette démarche les surprend souvent et les touche. »

 

Faire bouger le cadre carcéral

 

Une relation tout simplement humaine : c'est ce que ces étudiants viennent offrir aux détenus. Pour cela, ils se déplacent sans compter à la maison d'arrêt de Charles III ou de Bar-le-Duc, au centre de semi-liberté de Maxéville et dans les centres de détention d'Ecrouves et de Saint-Mihiel. « Au fond, ces gens enfermés nous ressemblent, explique Vanessa Schatz, ancienne responsable de groupe. Ce qui change, c'est le lieu. L'exiguïté, l'absence totale d'intimité, le délabrement, le manque de lumière... »

Au-delà de ces immersions régulières dans la réalité carcérale, les génépistes s'emploient à prolonger leur mission à l'air libre, où il s'agit, cette fois, de sensibiliser le public aux conditions de détention.

Pièce de théâtre engagée, veillée aux flambeaux sur la place Stanislas à l'occasion de la "Nuit des libertés publiques", visites guidées des prisons à l'intention des parlementaires, interventions en milieu scolaire... l'association GENEPI fait entendre la voix des prisonniers en dehors de leurs cellules. « Notre engagement n'aurait aucun sens s'il restait confiné en prison. Pour faciliter la réinsertion des détenus, il faut nécessairement faire en sorte qu'ils soient acceptés à l'extérieur. » Un message qui porte. Reconnu pour l’utilité et le sérieux de ses actions, GENEPI est aujourd’hui consulté par l’État dans le cadre de l’élaboration d’une loi pénitentiaire qui vise à garantir les droits fondamentaux des détenus, améliorer la reconnaissance des personnels pénitentiaires, faciliter la réinsertion des détenus…

 

Une cellule sur le campus

 

Les membres de l'association GENEPI organisent chaque année des opérations de sensibilisation. La dernière s'est tenue en octobre sur le campus de la Fac de lettres où était exposée une cellule reconstituée à taille réelle : un espace de 9m2 en tout et pour tout, dans lequel les détenus doivent souvent cohabiter à deux ou trois. « La surpopulation dans les maisons d'arrêt est intolérable, estime Kevin Van Landeghem. Priver quelqu'un de sa liberté ne signifie pas le priver de toute dignité. C'est sur cette idée que nous voulons attirer l'attention du public. »

 

Devenir génépiste

 

Pour faire partie de l’association, il faut être étudiant et posséder un casier judiciaire vierge. Tous les candidats sont reçus en entretien par les membres du bureau. Une fois membres, ils bénéficient de formations qui sont organisées par l'association au rythme de 5 week-ends par an. De quoi se familiariser avec les problèmes de surpopulation, la situation des étrangers en prison, le fonctionnement de la cantine...

 

 

*GENEPI : Groupement étudiant national d'enseignement aux personnes incarcérées. Cette association nationale a été fondée en 1976 et compte 1 300 étudiants bénévoles en France. L'antenne du Grand Est est subventionnée principalement par Nancy-Université, le CROUS, la ville de Nancy et le Conseil général.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

  • : Genepi Nancy
  • Genepi Nancy
  • : Pour le décloisonnement de tous les lieux d'enfermement
  • Contact