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25 juin 2012 1 25 /06 /juin /2012 13:29

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Thomas, Marina et Antoine, citoyens plus avisés maintenant qu’ils sont allés faire un tour en prison. Photo Théophile DUBOIS

 

 

 

 

LA PRISON, ILS EN AVAIENT « UNE IMAGE PRÉCONÇUE », jusqu’à ce qu’ils y entrent un jour. Les préjugés sont tombés. Pas les murs.

 

Thomas V., Marion V. et Antoine V. sont membres de l’association Genepi, et à ce titre franchissent le seuil du centre pénitentiaire de Nancy-Maxéville une fois par semaine toute l’année.

 

Sur Nancy, ils sont 25, tous étudiants, qui se sont familiarisés aux couloirs sans fins, aux fenêtres sans perspective, aux cliquetis métalliques des ouvertures électroniques. Et à la rencontre avec des hommes qu’on vient d’extraire de leurs cellules. Des détenus.

 

Les membres de Genepi, eux, sont citoyens libres, et viennent au contact. Dans la lignée directe des fondateurs de l’association qui, en 1976, désiraient décloisonner les prisons en envoyant des étudiants derrière les barreaux, pour transmettre un savoir. Et, selon les termes de Thomas, « créer un lien entre dedans et dehors dans un objectif de réinsertion. À notre échelle. On est juste une petite pierre à l’édifice. »

 

Ils ne sont pas enseignants, et tiennent à le faire savoir. Certes, certains dépendent du service Scolarité du centre pénitentiaire, notamment lorsqu’il s’agit de l’enseignement des langues. Mais d’autres œuvrent sous la tutelle du SPIP (service pénitentiaire insertion et probation), pour donner des cours de guitare, d’échecs, de culture générale, d’initiation au droit, de culture hispanique, etc. Antoine, en 3 e année de droit, a ainsi opté pour le piano auquel il initie les trois mêmes détenus depuis deux ans, quand Maria, licenciée en psycho, anime une revue de presse hebdomadaire. Thomas, licencié d’histoire, se consacre au slam/rap dans le cadre d’un atelier d’écriture.

 

Leurs motivations étaient multiples, de la simple « curiosité », à « l’envie de s’engager comme citoyen ». Mais tous s’entendent sur un constat : « On est content lorsqu’on en sort ». « Chaque fois, on respire un grand coup », confirme Thomas. « Alors que nous, on s’en échappe au bout d’une heure et demie seulement. » Et qu’ils y sont entrés bénévolement, eux. D’ailleurs avec un rien d’appréhension …

 

« Mon entourage était même persuadé que j’allais me faire enquiquiner, moi, la fille, », se souvient Maria. « En fait de quoi, les détenus sont tous extrêmement respectueux. Et puis, je ne me positionne pas en tant que prof. Ils nous apportent au moins autant qu’on leur apporte. »

 

Est-ce à dire que leurs interlocuteurs ont été triés sur le volet ? « Pas du tout. Nos ateliers sont ouverts à tous les détenus volontaires, dès lors qu’ils ne sont pas dans le quartier disciplinaire », précise Antoine, bluffé par « leur soif de connaissances », et qui évalue combien cette expérience de deux ans l’a déjà enrichi. « Évidemment, pour ça, il ne faut pas débarquer comme des petits péteux qui vont leur apprendre le monde ! », signale encore Thomas.

 

Ce n’est ni dans l’esprit, ni dans l’éthique de cette association qui réunit ses membres quatre fois par an en week-end de formation et de réflexion. L’occasion notamment de s’interroger sur les politiques pénales et la notion même d’enfermement. « Les conditions carcérales sont loin d’être idéales », ont-ils observé, unanimes. « L’enfermement en soi pose un vrai problème à la société. »

 

Mais là ne s’arrête pas leur engagement. Ils se font un devoir d’informer et sensibiliser le public à ces mêmes questions. En particulier les lycéens, futurs étudiants que les membres de Genepi enverraient bien à leur tour en prison …

 

Lysiane GANOUSSE

 

 

 

 

http://www.estrepublicain.fr/meurthe-et-moselle/2012/06/25/25-etudiants-en-prison

 

"Oh les bonnes gueules !"

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