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21 avril 2013 7 21 /04 /avril /2013 19:45

 

J'ai retrouvé cet article sur le site très bien foutu : "Patrimoine carcéral". Il y a vraiment des dossiers très intéressants, interactifs, et très agréables à lire. Je vous laisse en profiter.
 
 
Le 15 janvier 1972, une mutinerie éclate à la prison Charles III de Nancy. Philippe Artières (chargé de recherches au CNRS) dans un article intitulé : « La prison en procès. Les mutins de Nancy (1972) » nous raconte l’événement : « Au cours du petit déjeuner dans le réfectoire commun, des détenus se plaignirent de la mauvaise qualité du café, la discussion s’envenima et très vite l’émeute se déclencha et se généralisa : en moins d’une heure, les trois cents détenus qui composaient la population de la maison d’arrêt se mutinèrent. Les détenus en cellule libérés par ceux des dortoirs prirent le contrôle de l’ensemble des bâtiments, bureaux administratifs compris. Là, un tract fut imprimé sur la ronéotypeuse de l’établissement. Ce tract qui annonçait les principales revendications des détenus fut remis à l’administration qui, dans un premier temps, avait voulu reprendre le contrôle par la force puis, devant l’ampleur du mouvement, y avait renoncé. Mais ces revendications des détenus ne furent pas entendues ; les négociations à peines ouvertes furent bloquées et, assez vite, il fut décidé de faire intervenir les gardes mobiles. Les détenus occupèrent alors les toits de la prison jusqu’en toute fin d’après midi, moment que le préfet choisit pour faire intervenir les forces de l’ordre épaulées par un hélicoptère. Le soir du 15 janvier, l’ordre régnait à Charles III. »
 
L’auteur apporte également des précisions sur le comportement des détenus dont la moyenne d’âge est plutôt jeune. Selon lui, il n’y a eu aucune violence envers le personnel de la prison. Il régnait même «  une certaine gaité » parmi les détenus. « Certains détenus avaient attaqué la cantine et distribué la totalité des réserves ainsi que le stock de bières […] d’autres avaient descellé les rares lavabos, tandis que la toiture avaient été largement endommagée par les prisonniers qui l’occupaient, les mutins s’étant servis des tuiles pour repousser les assauts des forces de l’ordre. »
 
La mutinerie est assez sévèrement réprimée : alors que certains détenus sont transférés dans d’autres établissements, six, accusés d’avoir mené la révolte sont condamnés le 8 juin 1972 devant le tribunal correctionnel de Nancy à des peines allant de cinq à huit mois, pour l’exemple.
 
Le but de la révolte n’était pas de mettre à sac la prison mais de formuler un certain nombre de revendications. Ainsi, ils demandaient : « une justice plus équitable à l’intérieur des prisons de la part des surveillants et de l’encadrement », « une justice honorable ainsi que la suppression de la tutelle pénale, l’interdiction de séjour ». Selon eux également, « les lundi, mardi, mercredi les détenus passant devant le tribunal correctionnel de Nancy se [voyaient] infliger des peines beaucoup trop lourdes par rapport aux détenus passant devant le tribunal les autres jours », ils voulaient savoir pourquoi. Ils réclamaient aussi « la fin des violences physiques des surveillants dont ils avaient été l’objet à la suite de légères infractions.» Leurs autres revendications portaient sur la qualité de leur alimentation et le manque d’hygiène et de chauffage dans les dortoirs.
 
Pour pouvoir évoquer tous ces détails, Philippe Artières s’est appuyé sur différents types de sources : la presse, qui à l’époque a beaucoup relaté l’évènement, des témoignages de détenus publiés par la suite et les archives du GIP (le Groupe d’Information des Prisons) récemment déposées à l’IMEC (Institut Mémoires de l’Edition Contemporaine).
 
La mutinerie de Nancy intervenait un mois exactement après celle de la centrale Ney de Toul et au lendemain de la publication du rapport d’une commission d’enquête présidée par l’avocat général Schlmek qui cherchait à en établir les responsabilités. Au cours de l’automne 1971 et au début de l’année suivante, il y a en a eu d’autres encore dans des établissements de l’est du pays, ainsi qu’à Lyon, Toulouse et Nîmes, une trentaine en tout. On le voit bien, il s’agit d’un mouvement d’ampleur nationale. Philippe Artières montre que chaque mutinerie présente des caractéristiques similaires : à chaque fois, le mouvement est « collectif, spontané et inorganisé » ; les revendications portent sur : « les conditions de détention » et l’ « exercice de la justice ».
 
Cette série de mutineries intervient dans un contexte particulièrement chargé sur le plan idéologique : 1968, des gauchistes incarcérés … En outre, le Groupe d’Information sur les Prisons (GIP) crée un an auparavant (notamment par Michel Foucault) se fait le porte parole des revendications des détenus et des témoignages de plusieurs médecins (par exemple celui d’Edith Rose, alors psychiatre à la Centrale de Ney de Toul). La prise d’otage de Clairvaux met le feu aux poudres.  Le 22 septembre 1971, 2 détenus (Buffet et Bontems) prennent en otage  une infirmière et un surveillant à l’infirmerie de la prison. Les deux otages meurent égorgés. L’opinion publique est secouée et en mesure de représailles, le ministre de la justice de l’époque, René Pleven annonce la suppression des colis de noël «sous la pression des principaux syndicats pénitentiaires », toujours selon Philippe Artières.
 
Valérie Richard de l’Est Républicain a publié une série de trois articles sur la mutinerie de Charles III au mois d’avril 2012. Selon elle, Nicolas Drolc, un jeune réalisateur a retrouvé des vieux négatifs de photographies prises par son propre père, Gérard Drolc, journaliste et photographe qui étaient présent au moment des faits. 

 

Il travaille actuellement sur un projet de documentaire intitulé « Sur les toits. Hiver 1972 : Mutineries dans les prisons françaises ». Il est à la recherche de témoignages de surveillants, d’anciens détenus et de membres du GIP et de vidéos amateurs. Il a d’ores-et-déjà pu s’entretenir avec Henri Leclerc, l’un des avocats des mutins nancéiens, et un ancien détenu de Charles-III. Vous trouverez une présentation du projet sur cette page web : http://www.lesmutins.org/Sur-les-toits-Hiver-1972.html ; ainsi qu’une vidéo qui nous donne un avant goût du futur documentaire.

 

Sources :
 
Artières Philippe. La prison en procès. Les mutins de Nancy (1972). In: Vingtième Siècle. Revue d'histoire. N°70, avril-juin 2001. pp. 57-70, URL : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/xxs_0294-1759_2001_num_70_1_1345, consulté le 21 février 2012
 
Philippe Artières , « Les mutins, la psychiatre et l’aumônier », Le Portique [En ligne], 13-14 | 2004, mis en ligne le 15 juin 2007, URL : http://leportique.revues.org/index617.html, consulté le 27 février 2012. 
 
 
Valérie Richard, « Nancy: Que sont devenus les mutins de la prison Charles III ? », Estrepublicain.fr [En ligne], 16 avril 1012, URL : http://www.estrepublicain.fr/meurthe-et-moselle/2012/04/16/que-sont-devenus-les-mutins, consulté le 8 juin 2012
 
Valérie Richard, « Simone Signoret au secours de Toul », Estrepublicain.fr, 16 avril 1012, URL : http://www.estrepublicain.fr/meurthe-et-moselle/2012/04/16/simone-signoret-au-secours-de-toul, consulté le 8 juin 2012.

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