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23 janvier 2010 6 23 /01 /janvier /2010 17:46

Article paru dans l'Est Républicain en page / REGION


Apprendre derrière les barreaux


Les étudiants du Génépi dispensent bénévolement des cours aux détenus de la maison d'arrêt de Nancy. Reportage.


NANCY. - « J'ai appris que le Génépi existait par un prof de la fac. J'interviens depuis un an. Et ce qui me plaît vraiment, c'est le sentiment d'être utile ». Assise face à une demi-douzaine de détenus, Vanessa, 22 ans, propose un cours de musique un peu particulier (blind-test et improvisations de rap). C'est l'une des 32 génépistes qui franchissent chaque semaine les portes de la prison de Nancy.

Le Groupement d'Etudiants National d'Enseignement aux Personnes Incarcérées a été créé en 1976, suite aux violentes émeutes des deux étés précédents. Il regroupe aujourd'hui près de 1.300 étudiants qui dispensent des cours dans près de la moitié des 181 établissements pénitentiaires français.

« Ici, vous avez du temps... »

« Le Génépi a pour fonction d'intervenir auprès des détenus en prison, dans des matières plutôt scolaires, comme les langues ou le droit, mais aussi dans d'autres comme la musique, le code de la route ou les jeux de société. Avec une règle d'or : ne pas parler aux détenus de leur passé pénal, de leur affaire », expliquent Alexis Briat, président du Génépi Nancy, et Alexa David. « La seconde mission est l'information et la sensibilisation du public qui ne connaît pas l'état de nos prisons et ne sait pas ce qui s'y passe. Il y a beaucoup d'a priori de la population française sur les prisons. Pour lutter contre ces idées toutes faites, on propose donc des cafés-débats, des cinés-débats ou encore des interventions dans les collèges et les lycées ».

« Les génépistes interviennent en complément des heures d'enseignement dispensées par l'Education nationale », explique Patrick Pierrel, responsable de l'enseignement à la maison d'arrêt de Nancy. « Nous, ici, nous avons 20 profs en vacation. Le niveau va de l'illettrisme au lycée. Les cours du Génépi viennent en complément de cette structure Education nationale ».

20070911_rlor6596.jpgLe bruit des clés

Chaque mardi matin, Patrick Pierrel rencontre les nouveaux '' arrivants ''. Et leur présente les activités du Génépi. « Ici, vous avez du temps. Profitez-en pour faire quelque chose d'utile et qui puisse vous servir à la sortie... ».

 « Je suis incarcéré depuis janvier et je devrais sortir en octobre », confie Malik, 35 ans, qui ne raterait pour rien au monde son heure d'anglais. « Je viens pour apprendre cette langue qui est utilisée partout dans le monde. Je fais aussi de l'informatique. Avec l'anglais, on peut se débrouiller partout. Mais une heure par semaine, ce n'est pas suffisant. Durant la semaine, en attendant l'heure de cours, je feuillette ce que j'ai fait précédemment. Si j'ai un dictionnaire franco-anglais ? Non. Je n'ai pas assez de sous. Vous savez, tout est cher ici. Ce sont les prix d'une station-service... Les étudiants sont sympas. Pour moi, les voir, c'est aussi une façon de changer d'atmosphère, de changer d'air ».

« C'est vrai que la première fois que l'on pénètre dans une prison, on est surtout marqué par le nombre de portes à franchir. Et par le bruit. Les claquements, le bruit des clés », souligne Alexis Briat. « Et même maintenant, après plusieurs mois, quand je sors, après les cours, il me faut quelques minutes pour revenir à la réalité ».


« Un peu de dehors... »


« J'ai toujours eu envie de découvrir le milieu carcéral « , note Marie-Caroline, 22 ans, étudiante en quatrième année de droit. « Et puis c'est en relation avec les concours que je souhaite passer : conseiller d'insertion et de probation et lieutenant de police. Nos cours permettent aux détenus de sortir de leur cellule, de parler à d'autres personnes qu'aux surveillants ou aux avocats. Ils avouent souvent qu'ils sont très contents de nous voir ».


Dans le cours de musique, Marc, Nancéien de 23 ans, met l'ambiance.

 

« Je suis là pour un an. Enfin, peut-être moins. Cela dépend... Moi, je participe à tous les cours possibles. Cela me fait onze heures par semaine. C'est une façon de voir du monde, de sortir de cette cellule de neuf mètres carrés où nous sommes six. Les étudiants, c'est un peu de dehors qui vient dans la prison... ».

 

Eric NICOLAS •  Contact : Génépi Nancy : genepi_54@hotmail.fr

© L'Est Républicain - 11.09.2007

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