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30 juillet 2009 4 30 /07 /juillet /2009 18:56

          Ce livre est parti d'un constat : la prison est devenue un asile psychiatrique. Un prisonnier sur cinq souffrirait de troubles mentaux. Catherine Herszberg a donc choisi d'aller enquêter là où échouent ceux qui n'ont plus de place nulle part, ni à l'hôpital ni ailleurs. De décembre 2005 à avril 2006, elle a accompagné l'équipe psychiatrique de la prison de Fresnes. Introduite et guidée par Christiane de Beaurepaire, chef du service, elle a suivi les prisonniers, les malades, les soignants, les surveillants. Elle a circulé partout, écouté, regardé, interrogé les uns et les autres, et a rapporté de ce voyage des histoires. Des histoires de fous. Des fous que les prisons de France se refilent comme des " patates chaudes ". Des fous qui échouent de plus en plus souvent au mitard. Des fous qui, au fond de leur cellule, s'enfoncent chaque jour davantage dans la maladie mentale. Des fous trop fous pour les hôpitaux psychiatriques qui, faute de moyens, ne peuvent plus les accueillir. De ce séjour dans un recoin obscur de notre société, l'auteur revient avec des questions. Criminaliser la maladie mentale, c'est faire un prodigieux bond en arrière. Pourquoi cette régression ? Que penser d'une société qui enferme derrière des murs ses pauvres, ses marginaux, ses malades mentaux ? Si l'on juge de l'état d'une civilisation au sort qu'elle réserve à ses marges, alors la nôtre va mal.

 
Biographie de l'auteur

          Catherine Herszberg est journaliste indépendante. Elle a écrit deux ouvrages, en association avec des chercheurs, sur la santé et les questions sanitaires, et une biographie de Mermoz. Le jury du prix « Livres et Droits de l’Homme » a décerner le prix 2007 à Catherine Herszberg.

 

Extrait du livre

          En 2e division, c'est la catastrophe. L'équipe du SMPR (service médico-psychologique régional) manque cruellement de personnel. La psychiatre est en arrêt maladie depuis trois mois, les demandes de consultation s'accumulent. La psychologue a pris le parti de "ne pas porter tout le malheur du monde", et de travailler comme elle peut, "avec trois postes de psychologues vacants et un seul infirmier". Bruno, l'unique infirmier psychiatrique, ne gère plus l'urgence, mais l'urgence de l'urgence, et commence à craquer. De son côté, le médecin chef du SMPR lance des cris d'alarme à ses autorités de tutelle, la Ddass, la direction de l'hôpital, le ministère de la Santé : le SMPR croule sous les sollicitations d'hommes de plus en plus malades, tandis que les postes ne sont pas pourvus, les départs non remplacés, les moyens dérisoires...» 

 

Mon avis

          Ce témoignage tiré de son expérience est effrayant, elle dénonce l’état d’esprit actuel qui consiste à punir et soigner dans les mêmes lieux. Les chiffres sont effrayants : sur l’ensemble des hommes détenus en France, 21 % souffriraient de troubles psychotiques, et le risque suicidaire toucherait 70 %  des détenus. Mais ce livre ne se contente pas d’énumérer des donnés statistiques, il se constitue pour une grande part de faits concrets car elle retranscrit les entretiens auxquels elle a assisté entre les différents travailleurs sociaux ou médicaux et les détenus. Il est simple à lire car très bien expliqué et son point de vue extérieur à l’institution lui donne une certaine crédibilité. Elle laisse aussi la parole à tous les travailleurs en prison qui dégagent un certain pessimisme face aux décisions du gouvernement voire de la lassitude : « Les soignants qui ne craquent pas rapidement mettent en place inconsciemment une forme d’oubli de la violence. »

          Le terrible constat de ce livre est que les hôpitaux psychiatriques refusent d’immobiliser un lit (car il n’y en a pas beaucoup) pendant plusieurs années pour des cas délirants, on retrouve donc une bonne partie d’entre eux en prison : « On est devenu la poubelle de la société, on récupère ceux dont elle ne veut plus. » Malheureusement une fois placés en milieu carcéral, le suivi médical est quasiment inexistant.

 

          « Combien de temps encore va-t-on tolérer une législation qui favorise l’enfermement abusif et que des hommes et des femmes qui, en raison d’une maladie psychique, voient leurs peines alourdies et plus longues ? Criminaliser la maladie mentale est une terrible régression. »

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Published by Justine - dans Culture prison
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